Vendre un titre à perte, puis le racheter aussitôt « parce qu’on y croit encore » : la manœuvre paraît anodine, et c’est exactement celle que la règle de la perte apparente vise. Elle ne punit pas — elle reporte. Mais qui l’ignore déclare une perte que le fisc refusera.
Pourquoi une perte réalisée compte
Une perte en capital réalisée dans un compte non enregistré peut, en principe, servir à réduire des gains en capital imposables — le mécanisme que décrit l’article sur le gain en capital. Vendre à perte puis racheter peu après le même titre fait naître cette perte alors que l’on détient de nouveau le même titre. La règle de la perte apparente refuse la perte dans ce cas, quand le rachat tombe dans la période qu’elle prévoit : c’est pourquoi le délai compte.
La fenêtre
La règle s’applique en principe quand deux conditions se rencontrent :
- le même titre (ou un bien identique) est racheté dans une fenêtre qui s’étend, en règle générale, de 30 jours avant à 30 jours après la vente à perte — soixante et un jours en tout, la date de vente comprise ;
- au bout de cette fenêtre, le titre est encore détenu par vous ou par une personne affiliée — notamment l’époux ou conjoint de fait, mais aussi des comptes que vous contrôlez : racheter dans son propre CELI ou REER compte, en principe, comme racheter soi-même.
Le second point est le piège le plus fréquent : vendre à perte dans un compte non enregistré et racheter le même titre dans son CELI la même semaine tombe normalement sous la règle — et là, la perte peut être perdue pour de bon, puisque le PBR d’un compte enregistré ne sert à rien.
Ce que devient la perte refusée
Hors compte enregistré, la perte refusée ne disparaît pas : elle s’ajoute au prix de base rajusté (PBR) du titre racheté. Elle est donc différée — enfouie dans le coût du rachat — et ressortira à la vente définitive.
Un exemple chiffré neutre
- Achat de 100 actions d’un titre fictif à 50 $ : PBR 5 000 $.
- Vente à 40 $ : produit 4 000 $, perte de 1 000 $.
- Rachat de 100 actions à 41 $ dix jours plus tard, dans le même compte non enregistré : la perte de 1 000 $ est refusée (perte apparente).
- Le PBR du rachat n’est pas 4 100 $ mais 4 100 $ + 1 000 $ = 5 100 $.
- Vente définitive, un an plus tard, à 55 $ : gain = 5 500 $ − 5 100 $ = 400 $ — au lieu de 1 400 $ sans l’ajustement. La perte refusée a réduit le gain final : différée, pas perdue.
Ce que ça change pour votre suivi
Everyfolio calcule un coût moyen de suivi, pas un PBR fiscal : l’app ne connaît ni vos autres comptes, ni ceux d’une personne affiliée, ni la règle de la perte apparente. Après un rachat rapproché, le coût affiché par l’app et le PBR fiscal peuvent donc diverger légitimement — c’est l’un des écarts normaux décrits dans l’article sur le rapprochement des relevés.
Sources officielles
La définition exacte de la fenêtre, des biens identiques et des personnes affiliées relève de l’Agence du revenu du Canada et de Revenu Québec. Consultez leurs pages sur la perte apparente avant de déclarer une perte suivie d’un rachat.
- Agence du revenu du Canada — ligne 12700, gains (et pertes) en capital : https://www.canada.ca/fr/agence-revenu/services/impot/particuliers/sujets/tout-votre-declaration-revenus/declaration-revenus/remplir-declaration-revenus/revenu-personnel/ligne-12700-gains-capital.html
- Revenu Québec — citoyens : https://www.revenuquebec.ca/fr/citoyens/
Contenu informatif et général — pas un conseil personnalisé. Pour votre situation : votre institution ou un conseiller.